De la régression identificatoire à Hello Kitty
Pêché dans " La révolution intérieure. Psychologie de la grossesse et de la maternité", Corinne Antoine, eds Larousse 2007, p.9, 38, 41 :
Voilà une psy qui a beaucoup de choses intéressantes à dire, et pourtant, elle aussi ne peut s'empêcher de perpétuer de fausses images des femmes enceintes, issues d'une époque révolue où les femmes étaient "hystériques" par construction culturelle :
" Dans le protocole avec lequel je travaillais, une question s'intéressait à la grossesse, visant à savoir si un évènement marquant avait eu lieu durant cette période. Cette question entraînait, chez les femmes, une régression importante dans leur passé. "
" Pendant sa grossesse, la femme traverse une crise psychique intense que D. Winnicott a décrite comme "un état qui se développe graduellement pour atteindre un degré de sensibilité accrue en fin de grossesse". Selon lui cet état est obligatoire pour que la femme puisse non seulement "s'identifier à son nouveau-né et surtout pouvoir comprendre ses besoins dès la naissance. "
Vous me direz que je sors les phrases de leur contexte .... Mais penchons-nous d'abord sur le sens exact des mots (d'après le Grand Usuel Larousse) :
Régression : marche en arrière; recul; évolution en sens inverse d'un phénomène qui cesse de progresser; diminution; baisse. Biol.: perte ou atrophie, dans une espèce vivante, d'un ou de plusieurs organes qui étaient bien développés chez ses ancêtres. Psychan.: processus de l'organisation libidinale du sujet qui, confronté à des frustrations intolérables, fait retour, pour s'en protéger, à des stades archaïques de sa vie libidinale et s'y fixe en vue d'y retrouver une satisfaction fantasmatique.
Aucun doute, le mot "régression" est donc totalement inapproprié aux femmes enceintes et contient une note péjorative certaine. Ce n'est pas parce que l'on se penche sur son passé que l'on régresse ! Quand les psys se décideront-ils à adopter un vocabulaire juste au lieu de continuer à colporter des clichés nuisibles de femmes enceintes retournant en enfance ? Passons à la définition suivante :
S'identifier : devenir identique à une autre personne ou à une autre chose; se rendre, par la pensée, identique à une autre personne ou chercher à lui ressembler.
Est-ce une mauvaise traduction de Winnicott ? Ce qui est certain c'est que dire qu'une mère s'identifie à son bébé est totalement idiot. Une femme ne se prend pas pour un bébé, ni ne cherche à lui ressembler ! Bien au contraire elle porte l'une des plus grandes responsabilités qui soit. Là encore le cliché de la femme-mère-enfant est véhiculé de génération en génération parce que personne ne daigne se pencher sérieusement sur le sens des mots. On pourrait dire que la mère est en osmose avec son bébé, que son empathie pour le bébé est extraordinairement développée, mais absolument pas qu'elle s'identifie à son bébé. Entre parenthèses, il n'est nul besoin de s'identifier à une personne pour être empathique ou ressentir ses besoins. Encore heureux, sinon être empathique mènerait tout droit à la schizophrénie ou au burn out ...
" Selon l'expression de la psychanalyste Monique Bydlowski, la femme enceinte est douée de "transparence psychique", c'est à dire que son état singulier lui donne temporairement un accès royal à sa petite enfance, ses relations avec ses parents et principalement sa mère. "
Mamamia, bien que psychanalyste il me semble que Bydlowski voulait dire un peu plus que cela. La transparence psychique ce n'est pas seulement pour se pencher sur sa petite enfance ! Cela peut être n'importe quel moment de son passé, mais aussi le présent, et le futur, car une femme enceinte est au moins aussi tournée vers le futur que vers le passé.
Et le vrai problème dans tout ça ? C'est qu'il y a plein de gens bien intentionnés qui y croient à la thèse de la "régression identificatoire". Résumé et simplifié ça donne : la mère régresse pour pouvoir s'identifier à son bébé. En rajoutant une bonne couche de marchandisation voilà où ça nous mène à Taiwan : une maternité "Hello Kitty" !!!!!!!! Et c'est quoi le pire ? C'est qu'il y a des femmes pour trouver ça "mignon". Et oui, à force de le leur marteler, les femmes elles-mêmes ont finir par y croire, construction culturelle ....
Publicité