La perfection n'est pas de ce monde
Pêché sur sante.net, revue de presse du 30/03/2009 :
Besoin d'améliorer le suivi des recommandations chez les femmes en âge de procréer
Seule une faible proportion des femmes qui envisagent une grossesse suivent les conseils de nutrition et d'habitudes de vie recommandés. Une plus grande publicité autour de ces recommandations doit être mise en place mais, la plupart des grossesses n'étant pas programmées, elles devraient être élargies à l'ensemble des femmes en âge de procréer. Le British Medical Journal publie les résultats d'une enquête de cohorte prospective dont le but était d'évaluer l'adhésion aux recommandations de nutrition et d'habitudes de vie des femmes souhaitant une grossesse.
A Southampton en Angleterre, 12 445 femmes non enceintes âgées entre 20 et 34 ans ont été recrutées dans la Southampton Women's Survey par l'intermédiaire de leur médecin généraliste. Les auteurs ont comparé l'adhésion aux recommandations entre les femmes qui n'ont pas eu de grossesse dans les 3 mois suivant l'interview (n=12 207) et celles qui ont débuté une grossesse (n=238). Parmi les femmes enceintes, 2,9% (IC95%=[1,2-6]) avaient reçu 400mg d'acide folique et bu moins de 4 verres par semaine contre 0,66% (IC95%=[0,55-0,82]) dans l'autre groupe. Il n'y avait pas de différence significative en termes de tabagisme ou de la consommation de fruits et légumes.
Pendant la grossesse, les recommandations de nutrition et d'habitudes de vie sont largement données par les médecins, la presse, Internet et autres. En revanche, chez les femmes prévoyant une grossesse, la situation est moins nette alors que l'on sait que cette période peri-conceptionnelle est cruciale pour le développement du bébé. Cette étude a pour avantage de ne pas présenter de biais de mémoire, la plupart des études précédentes étaient réalisées après la grossesse ou l'accouchement. Elle souligne le faible suivi des recommandations de santé durant la période peri-conceptionnelle.
Dr Sophie Florence *(Paris)
Référence : Inskip HM et al.
Women's compliance with nutrition and lifestyle recommendations before pregnancy: general population cohort study. BMJ. 2009 Feb 12;338:b481.
Et qu'est-ce que cette rabat-joie de Betty Boob va encore trouver à redire à des gens pleins de bonnes intentions pour la santé des bébés ?...
La rédactrice affirme : "cette période peri-conceptionnelle est cruciale pour le développement du bébé". Belle affirmation péremptoire qui se calque sur l'idée générale qu'une femme en bonne santé a plus de chances d'avoir un bébé en bonne santé. Mais à part ça, qu'en sait-on au juste ? Existe-t-il des études qui le démontrent, et qui démontrent quoi d'ailleurs ? Si une femme a eu des habitudes alimentaires très déséquilibrées toute sa vie, est-ce que changer ses habitudes quelques mois avant de tomber enceinte va changer grand chose ? La vrai question n'est-elle pas d'avoir un équilibre alimentaire et une "hygiène" (comme on dit ...) de vie raisonnable depuis l'enfance ?
Alors, qu'est-ce qui me chagrine : la réduction des "femmes en âge de procréer" à des objets dont la finalité est de produire des bébés parfaits. Comme si leur existence n'avait soudain plus d'autre but. J'exagère un tantinet, mais pas plus qu'eux. Aller jusqu'à étudier la compliance des femmes aux prescriptions médicales préconceptionnelles, c'est bel et bien affirmer que ces prescriptions sont autoritaires. Une femme "en âge de procréer", c'est aussi une femme tout court, qui a plein d'autres idées en tête, des activités, des projets. Le monde d'une femme ne s'arrête pas de tourner parce qu'elle songe à avoir un enfant. On entend souvent les médecins reprocher aux couples modernes de vouloir un enfant parfait. Ici on voit bien que ce sont les médecins qui créent cette obsession de l'enfant parfait. Ou sont les limites entre les bons conseils et l'aliénation ?