La perfusion qui donne des boutons
Pêché sur le site www.projetdenaissance.com, à propos de la perfusion posée systématiquement aux parturientes dans la majorité des maternités (mais pas toutes !).
A la question : "La sage-femme m'a dit que je n'ai pas le droit de refuser la perfusion", La rédactrice du site, Sophie Gamelin, donne une réponse argumentée et circonstanciée. Mais la fin de l'argumentaire a du donner une crise d'urtiquaire à une sage-femme qui aurait peut-être mieux fait d'aller prendre une douche froide avant de répondre, ou de faire 20 km à vélo :
" On voit bien que ce texte n'a pas été écrit par une vraie professionnelle de la naissance !"
Il y en aurait donc de fausses ... toutes celles qui ne posent pas de perfusion systématiquement par exemple ...
"La perfusion est faite pour le bien des patientes;"
Ca commence mal. Le coup du - "C'est pour ton-son-notre-votre-leur bien" - est dangereux à manipuler. C'est le genre de phrase utilisée à toutes les sauces dans beaucoup de situations pour faire avaler d'amères pilules, l'épisiotomie prophylactique par exemple ... Mais examinons l'argument qui suit :
"en cas d'urgence, et je veux parler d'hémorragie, l'équipe médicale a autre chose à faire que de poser un cathéter veineux, acte difficile à réaliser lorsqu'il y a vasocontriction des vaisseaux."
Farpaitement. C'est bien pour ça que Sophie Gamelin venait d'expliquer qu'un bon compromis est d'accepter la pose d'un catheter bouché par un joli papillon, qui permet de brancher une perfusion si jamais le cauchemar de l'hémorragie se matérialise.
"De plus, une perfusion n'empêche pas la déambulation de la parturiente car il existe des potences à roulettes ! (les patients fumeurs hospitalisés et perfusés savent très bien manier la potence à roulette; il suffit d'observer ce qui se passe devant les entrées des hôpitaux)."
Si vous avez déjà vu une femme enceinte en plein travail puissance 100 devant la porte d'un hôpital, tenant la potence - à roulettes siouplait - d'une main au bout d'un bras en l'air, sa clope dans l'autre main, en position accroupie ou en "prière musulmane" , faites-moi signe, ça doit valoir la photo. On imagine le tableau : "bon sang de bonsoir faut que je change de position là tout de suite mais sans faire tomber la perf". On voit bien que cette réponse a été écrite par une sage-femme qui n'a pas eu un "vrai" accouchement (ah bon, il y en a des "faux" ... bien sûr que non, c'est juste un clin d'oeil taquin à la première phrase).
"Dernier point : l'équipe médicale fait tout son possible pour accompagner au mieux les couples ! Les dernières lignes de votre texte ridiculisent de façon inappropriée l'équipe, ce qui au final entraîne une rupture de confiance de la part de la future maman !"
Non pas le dernier point, mais le premier. Voilà l'origine de la crise d'urtiquaire : la question de confiance. Peut-être les sages-femmes devraient-elles se retourner contre leurs enseignants, et non pas contre les parents. C'est tout de même un sentiment bien étrange qu'on leur a inculqué, comme quoi les parents devraient avoir aveuglément confiance. Etonnant qu'elle ne se rende pas compte de l'énormité d'une telle demande. L'obstétrique a sauvé des vies, et en sauve encore, nul ne prétendra le contraire. Mais elle a aussi énormément contraint les femmes en couche à la passivité, physique et mentale, elle a aussi fait des erreurs systématiques, et certains soignants font parfois des fautes. Les deux coexistent. L'erreur est humaine d'ailleurs, tout le monde peut se tromper. Mais ce qui caractérise bien souvent le monde médical c'est le refus d'admettre ses erreurs (dont il y déjà plein d'exemples sur le BooB et ailleurs), et donc de les corriger. C'est à cause de la pression des usagers du CIANE qu'il y a eut enfin des recommandations de bonnes pratiques sur l'épisiotomie et l'expression abdominale, sinon on les attendrait peut-être encore.
Chère sage-femme, vous vous trompez de cible. Ce n'est pas le site internet de Sophie Gamelin ou d'autres qui brisent la confiance des parents, c'est bien plutôt cette difficulté du monde médical à reconnaître et corriger ses erreurs, tout en exigeant un chèque en blanc des parents. Votre colère fulminatoire le montre bien du reste.
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