Distilbène sur ordonnance
Secret du 21e siècle
On avait prescrit du distilbène à sa mère... Et la voilà passée la trentaine, femme active pleine de vie comme on dit, et finalement enceinte. Ce premier bébé est un grand prématuré. Le distilbène a fait son triste office. Elle en veut même à sa mère, la colère ou le désespoir l'aveugle un temps. La réanimation, les semaines en néonatalogie, la peur de la mort et du handicap, le passé lui tombe dessus chargé d'une injustice insupportable. Le temps d'oublier un peu, le temps de voir que ce premier bébé n'aura pas de séquelles graves finalement, et elle remet ça, elle est à nouveau enceinte. Cette fois elle fait suivre sa grossesse de beaucoup plus près. Le médecin lui conseille un repos quasi absolu pour tenter de mener la grossesse aussi loin que possible. Mais la vie n'est pas un conte de fée. Repos ou pas, le second bébé est aussi très prématuré, juste moins que l'ainé. Ce second bébé est encore en néonatalogie, en réanimation.
Les médecins n'ont pas eu besoin d'un dessin, les "filles DES", ils connaissent ça très bien. Il a suffit de dire que sa mère avait pris du distilbène pour qu'ils voient le tableau tout de suite. Demander l'ordonnance qu'avait eu sa mère ? Voilà une idée saugrenue qui ne les a pas effleurés. Ce qui n'est pas le cas de la justice. Dans un communiqué des filles DES on trouve cette décision de la cour d'appel de Versailles du 11 octobre 2007 :
"Sans ordonnance, rien ne prouve que vous êtes une victime du distilbène."
Autrement dit, votre mère est une menteuse, et votre utérus s'est mal formé tout seul. Le comble du ridicule ou de la mauvaise foi : qui garde ses ordonnances pendant 35 ans ? Même les hôpitaux ne sont pas supposés conserver les archives au-delà de 30 ans.
"La justice, dans la grandeur de ses contradictions, n'a cependant pas contredit les médecins ni le fait que les plaignants avaient des malformations dues au DES" ...
dit le communiqué. Prochain épisode le 19 mars, au délibéré de la cour de cassation de Paris. Les avocats retords des grandes companies pharmaceutiques concernées parviendront-ils encore à embobiner les juges ?
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