L'obsédé de la toute puissance et de la frustration
Pêché dans le magazine Elle, une interview pas top complaisante du grand Aldo-je-sais-tout-mieux-que-tout-le-monde, entendez notre super vedette Naouri bien sûr. L'interview est trop longue pour être commentée dans son intégralité, maiselle a une constante, Naouri répond le plus souvent à l'impératif. Quelques extraits :
ELLE. On parle toujours des enfants qui refusent de manger, mais jamais de ceux qui mangent trop…
A.N. Les problèmes autour de la sphère orale sont toujours une problématique avec la mère. Je me bourre de nourriture = ma maman est à moi. Là encore, c’est de l’ordre de l’éducation. Il faut dire stop, ça suffit.
BooB : Pourquoi enfoncer une porte ouverte, tout est toujours une problématique avec la mère n'est-ce pas.
ELLE. Vous dites : « Un ordre, c’est un ordre. Point. On ne l’explique pas. » Mais c’est l’armée !
A.N. Et alors ! Le système militaire n’est pas que négatif. En quoi il consiste ? A faire marcher des individus dans le même sens quand il est question de défendre un territoire. Pour ce faire, on a besoin d’ordres intangibles.
BooB : Belle excuse la protection du territoire. Le système militaire consiste à fanatiser des gens au départ normaux pour la plupart de façon à ce qu'ils acceptent sans rechigner d'aller se faire réduire en charpie et de réduire en morceaux leurs semblables. Et c'est toujours pour "la bonne cause", bien entendu. L'obéissance absolue et donc aveugle prépare plus le lit de la mort que celui de la vie.
ELLE. Donc, on n’explique pas à un enfant pourquoi on lui demande quelque chose, et on ne s’excuse pas si on a été injuste ?
A.N. Jamais ! Ou trois mois plus tard.
BooB : La déclaration des droits de l'homme en tremble sur ses bases. Donc toute l'éducation doit commencer très tôt, avant trois ans si possible, mais le principe de justice s'apprend plus tard...
ELLE. Mais c’est un peu réac, non ?
A.N. Pas du tout. On donne ainsi à l’enfant des repères de sécurité. On monte des parapets de chaque côté d’un pont, et on lui dit : « Vas-y, mon vieux. Tu me détestes, ce n’est pas grave, j’encaisse. » Chercher à plaire à ses enfants, c’est de la séduction, pas de l’éducation. De toute façon, quoi que vous fassiez, vos enfants sont condamnés à vous aimer. Ils n’ont pas le choix.
BooB : Toujours tout à l'emporte-pièce ... Ne pas tomber dans les pièges du chantage affectif, que ce soit avec un enfant ou un adulte d'ailleurs, d'accord. Par contre, des enfants qui n'aiment pas leurs parents, ça existe.
ELLE. Vous donnez des lettres de noblesse à la « frustration », qui serait nécessaire dans l’éducation. Pourquoi est-ce si important de devenir les parents d’enfants frustrés ?
A.N. Parce que c’est la frustration qui fait percevoir que l’on est vivant…
BooB : Jusqu'à ce que mort s'ensuive...
ELLE. Et pas le plaisir ?
A.N. Non, car dès l’instant où vous accordez tout à un enfant, où vous le laissez s’installer dans le plaisir, eh bien, dès que ce plaisir sera suspendu, l’angoisse de la mort va surgir. Aujourd’hui, l’expression : « Dans la vie, on ne peut pas tout avoir » a été remplacée par : « Tu as droit à tout ». Or, justement, le fait de ne pas tout avoir permet d’essayer d’avoir le maximum de ce que l’on ne peut avoir. C’est le manque qui est le moteur du désir.
BooB : Vu l'état des finances de la plupart des gens, on peut douter que les enfants aient droit à tout. Si les commerciaux voulaient bien nous lacher les baskets en retirant les friandises aux caisses des super-marchés et les publicités ciblées à tous les arrêts de bus et de métro, il y aurait déjà beaucoup moins de frustrations, car beaucoup moins de désirs créés artificiellement... Et l'option - être content de ce que l'on a -, c'est pas assez frustrant pour Naouri ?
ELLE. Jusqu’à quel âge peut-on baigner un frère et une soeur ensemble ?
A.N. Jusqu’à ce que l’aîné ait 4 ans.
BooB : Voilà qui est précis, impressionnant. Sur quelles preuves une affirmation aussi péremptoire est-elle basée ? Mystère et boule de gomme. Naouri a la science infuse, pas besoin de preuves. Proposons une autre option : jusqu'à ce qu'ils ne veuillent plus, tout bêtement. La pudeur fera son office toute seule.
ELLE. Que faire face à des enfants qui jouent à « touche pipi » ?
A.N. On leur dit d’arrêter et de faire autre chose.
BooB : Et plus on leur dit d'arrêter, plus ils continueront en cachette tout en ayant l'impression de transgresser un interdit, un super bon plan.
ELLE. Et avec un enfant qui se masturbe ?
A.N. La première fois, on fait comme si on n’avait rien vu. Après, on intervient.
ELLE. Est-ce qu’on lui dit que c’est une activité qui se pratique dans l’intimité de sa chambre ?
A.N. Se masturber, c’est véritablement être soi avec soi, l’autre n’existant pas. Lui demander d’aller dans sa chambre, c’est l’encourager à être « toi avec toi hors du monde ». Donc, on dit : « Je t’interdis de faire ce genre de choses. »
BooB : Un enfant n'a donc pas le droit d'avoir des moments à lui hors du monde ? Il faut donc aussi lui interdire tous les jeux en solitaire, y compris la lecture et le dessin. On est pas sortis de l'auberge.
ELLE. C’est un retour au passé !
A.N. Je récuse ces termes. Ils contiennent quelque chose de régressif qui serait de l’ordre de la nostalgie. Ce qui n’est pas mon propos. Le bon sens n’est pas nostalgique.
BooB : Vous voyez du bon sens quelque part vous ?
ELLE. Mais là, avec l’interdit de la masturbation, on est à la limite de la morale…
A.N. Ce n’est pas un problème de morale mais d’éducation. Il s’agit de donner à l’enfant conscience de l’existence des autres. Sinon, vous le confortez dans sa tentative d’être tout-puissant et vous le renforcez dans son sentiment de solitude extrême. Il s’agit de lui dire que l’autre existe et qu’il devra vivre avec. Quand il aura 18 ans et qu’il sera bombardé par les hormones, il fera ce qu’il veut !
BooB : Un maniaque de la toute puissance ce Naouri. L'enfant s'isole ou se met en société quand il en a besoin, comme tout le monde. Le rapport aux autres et au monde ne passe pas que par la sexualité ou la non-sexualité. Réductionisme freudien ou bonne excuse pour interdire quelque chose qui lui répugne ?
ELLE. Vous dites qu’un père est comme une pile : plus on s’en sert, plus il s’use.
A.N. Pourquoi devrait-il toujours être celui qui dit non ? Il vaut mieux le garder pour les grandes occasions. En revanche, il a une fonction fondamentale à l’intérieur de la famille, qui fait toute sa force. Il est responsable du rappel constant de la mère à sa féminité. C’est à lui de réduire la propension de la mère à être mère à 100 %.
BooB : La grande obsession de Naouri ... Qu'il se rassure, les mères modernes disent au moins aussi souvent "non" que les pères, elles n'ont aucun risque d'être mère à 100% quand elles travaillent, elles vont chercher leur amant quand elles en ont envie, et si elles lisent Elle, elles sont "femmes" jusqu'au bout des ongles. Par contre, à courir après tous les lièvres à la fois, elles risquent bien plus de tomber en panne de batterie que les pères.
ELLE. Un doudou à l’âge de 6 ans, c’est grave ?
A.N. Arrêtez d’employer le mot « grave » ! Ça n’a pas de sens. En gros, la seule chose grave est du côté de la mort. Sinon, plus de doudou à l’âge de 6 ans.
ELLE. Afin d’encourager l’autonomie ?
A.N. Absolument. Le doudou, à 2 ans et demi maximum, c’est fini. Comme la tétine.
ELLE. On dit quoi à l’enfant ?
A.N. Rien. On les prend, on les jette.
BooB : On jette l'enfant avec ?
ELLE. Le biberon, le matin, c’est fini à quel âge ?
A.N. A 2 ans et demi, terminé ! Il vaut mieux qu’il ne boive pas de lait du tout que de prendre un biberon.
ELLE. Pourquoi ?
A.N. D’abord, parce que ça freine le développement du mécanisme de la déglutition – et cela a une énorme importance pour la prononciation, les articulations dentaires et la durée de la dentition. Ensuite, parce que ça maintient l’enfant à un stade qui ne correspond plus à son âge. Une fois encore, on encourage ainsi sa non-volonté à évoluer.
ELLE. Donc, un soir, on rentre à la maison et on dit : « Demain, plus de biberon » ?
A.N. On ne dit rien du tout, et, le lendemain matin, terminé.
ELLE. Mais l’enfant va hurler !
A.N. Un jour, deux jours, et alors ? Attention, il ne hurlera que s’il sait qu’il va pouvoir négocier.
BooB : Un partisant des solutions brutales ce Naouri. Proposer un verre à la place du biberon tout en encourageant son enfant à grandir, ce dont il a d'ailleurs très envie tout seul en général, ça marche aussi.
C'est curieux cette obssession à voir de la toute-puissance partout chez lui, jalousie masculine peut-être ? Etrange aussi cette conviction que les enfants ne grandissent pas si on ne les force pas, et que le moteur de la vie c'est la frustration créatrice du désir. Il n'y a finalement que des pulsions de mort tout au fond de son discours. Chacun sa philosophie bien sûr, mais de quel droit l'impose-t-il aux autres.