Césarienne-confort contre césarienne-trauma

Publié le par Betty Boob


Pêché sur le forum de doctissimo, fil de discussion " veulent césarienne confort " (2009)

C'est un débat à couteaux tirés (tombons dans le mauvais goût absolu) entre des femmes qui veulent une césarienne "de confort", et d'autres qui ont été traumatisées par une césarienne qu'elles ne voulaient pas. Autant dire qu'il s'agit souvent d'une discussion houleuse, émotionnelle, et parfois même d'un dialogue de sourds. C'est Samantha, sous le pseudo volontairement provocateur de "césarienne confort" qui a lancé le sujet dont le but est de s'aider mutuellement à trouver de bons chirugiens qui acceptent une césarienne sur demande sans poser de questions. Dès le début Césarienne-confort annonce la couleur :

" [...] bref je suis pas la pour etablir le pour et le contre sur la cesa et la vb [...] les mamans qui sont contre les cesa svp pas la peine de me dire qu il [le médecin] cherche a se faire des sous etc car moi ca me rentre dans cette oreille et sort par l autre [...] respectez nos choix comme on respecte les votre ".

Bref, elle veut une césa et n'en démordra pas. La question qui intéresse le BooB est : pourquoi ? Pourquoi ces femmes refusent-elles d'accoucher normalement, pourquoi demandent-elles une césarienne d'office ? Il y a 10 pages de discussions sur ce fil ! Mais Césarienne-confort donne toutes les réponses dès le premier message :

"lors de ma premiere grossesse ,j ai longuement chercher un praticien pour avoir une cesarienne de convenance (car tres peur extreme de l accouchement par voie basse) pour mon premier accouchement mais sans resultat!! "

La peur extrème de l'accouchement par voie basse est un phénomène connu, qui porte même le nom savant et abscon de tokophobie. C'est la seule raison qu'elle invoque.

" j ai quand meme pu avoir une cesarienne d urgence qui m a sauvée de 30h de contractions. J ai tres bien vecue ma cesarienne "

Ce phénomène là aussi est connu. Chez certaines femmes le refus de donner naissance par voie basse est tel que effectivement elles n'accouchent pas ! Le travail est souvent extrèmement douloureux et n'avance pas. Ca finit par une césarienne en urgence. Elle la voulait, elle l'a eue. Elle n'est pas la seule. Autant la peur est en général un moyen de survie, autant la panique fait se précipiter dans la catastrophe. Il ne sert effectivement à rien d'obliger ces femmes à accoucher par voie basse. L'accouchement sera nécessairement traumatisant et a de fortes chances d'échouer. Dans certaines maternités on conseille à ces femmes un travail psychologique. La peur panique de l'accouchement ne tombe pas du ciel ... Bien souvent elle est lié à des abus sexuels, sur la personne elle-même ou sur des tiers, ou des histoires de famille, bref d'un ou plusieurs traumatismes anciens. Parfois ça marche, et certaines femmes donnent finalement naissance par voie basse dans de bonnes conditions. Parfois ça ne marche pas, parfois le travail psychologique est refusé, et alors il vaut finalement mieux accepter la demande de césarienne. Les risque inhérents à une césarienne programmée deviennent inférieurs aux risques quasi certains d'un accouchement extrèmement pénible et difficile. Les femmes "césariennes-trauma" peuvent entendre cela. Rien ni personne n'a le monopole du traumatisme. Ce qui l'est pour l'une  ne l'est pas pour l'autre, et vice-versa. Un VBAC à la maison, c'est un peu risqué quand même, et si l'utérus lache au niveau de la cicatrice ?(*)  Et pourtant, là aussi les risques d'un VBAC à domicile deviennent inférieurs aux risques quasi certains d'un accouchement très probablement traumatisant dans un milieu hospitalier qui les a déjà traumatisées.

D'ailleurs Césarienne-confort a bien l'intention de donner naissance une seconde fois par césarienne. Elle n'envisage pas de jamais tenter un accouchement par voie basse:
 

" j ai accouché le 31 janvier 2009 et je retomber enceinte 5 mois apres! quelle chance je me dis ....je vais encore avoir une cesarienne "


Elle est donc allée chercher le gynobs qu'il lui faut et lui dit ce qu'elle veut entendre :

" [...]  un super gynecologue [...] il est tres connu car il est "l inventeur" de la cesarienne extra peritoneale [...] je lui ai  parler de mon souhait ,il  m a affirmer que la femme peut faire ce qu elle veut de son corps ,qu une cesarienne de  convenance est tres demandée et que bcp de ses collegues la pratiquent!  la femme est totalement maitre de son corps "

Est-on maitre de son corps si l'on exige une opération chirurgicale par peur panique de son propre corps justement ?

" il m a aussi donner l exemple de l IVG la mere a le droit de TUER son bebe et pourquoi pas de le mettre au monde comme elle le souhaite!!!! "

L'éthique ne l'étouffe pas celui-là :-{{{ Une femme qui avorte ne tue pas "son bébé". Il s'agit encore d'un embryon ou d'un foetus minuscule. A ce stade ce n'est un "bébé en devenir" que si les parents le pensent ainsi dans leur tête. A la naissance seulement il sera un "bébé" en tant que personne.

" Il y a des mamans qui veulent accoucher chez elles 
  Il y a des mamans qui veulent accoucher dans l eau
  Il y a des mamans qui veulent accoucher a 4 pattes
  Il y a des mamans qui veulent accoucher avec une doula 
  Et bien certaines souhaitent une cesarienne de convenances
  Respectez nos choix comme on respecte les votre
"

 

Ou l'argument du libre-choix retourné comme un gant ... Mais elle n'a pas réellement le choix Samantha. Elle ne choisit pas entre la VB et la césarienne. Sa peur de donner naissance par voie basse la contraint à demander une césarienne. Aucun choix là-dedans. Son pseudo provocant - césarienne confort - est un cache-misère. Rien à voir avec des femmes qui demandent un déclenchement ou une césarienne de convenance pour que la date de la naissance soit celle d'un anniversaire ou corresponde à un signe du Zodiaque ou soit pratique pour l'organisation familiale et professionnelle. Ca c'est du confort.

Mais Samantha n'a-t-elle pas raison d'avoir peur  ? :

"
Samantha : [...] qu'ils m aient laissé 30h en souffrance avec une peridurale qui marchait pas  [...]
 
bb75020 : Qui a dit que les forceps ce n'était pas traumatisant ? Bien sûr que ça l'est. Mais voie basse ne veut pas dire forceps/ventouse, etc ...

Samantha : oui mais voie basse dans la mater(hopital)  ou j etais c est systematique(la sage femme m  a prevenu d avance)  quand tu as les jambes en l air  a leur merci ,tu fais quoi quand ils te sortent les instruments ?  tu vas serrer les jambes ,et bien!!! non tu subis !!!
"


Tiens donc, des forceps sytématiques. Il existe comme ça certaines maternités ou praticiens avec des taux de forceps très élevés, trop élevés. Et qui dit forceps dit épisiotomie le plus souvent, risque de déchirures graves du périnée multiplié par 4 ou 5, et risque de dommages des temporaux du bébé.  Pourquoi des forceps systématiques ? Il y a au moins une raison évidente, ça rapporte (ce qui n'est pas le cas de l'épisiotomie). L'éthique ne les étouffe pas non plus dans ce service :-{{{

Vu comme ça, si c'est entre deux boucheries qu'il faut choisir .... Entre deux maux il faut choisir le moindre ... Mais ne nous égarons pas. Quelles que soient les origines anciennes (si il y en a) de la tokophobie de Samantha, le service où elle était à son premier accouchement porte une lourde part de responsabilité : aucune aide ni écoute ne lui a été apportée lors de sa première demande de césarienne (qui devrait alerter tout praticien digne de ce nom), on l'a laissé souffrir comme une damnée pendant 30 heures, on y pratique des forceps systématiques contre toutes les recommandations de bonnes pratiques internationales. Plutôt que de subir "les jambes en l'air" ce qui s'apparente à un viol, Samantha préfère se donner l'illusion de choisir une chirurgie "propre". A quand des sanctions sérieuses envers les chefs des services ou de tels actes dangereux  sont pratiqués, et envers les praticiens qui commettent ces abus ?


(*) Aux dernières nouvelles le risque que l'utérus se déchire au niveau de la cicatrice après une première césarienne est de 0.5 à 1%. C'est donc une catastrophe obstétricale rare, mais pas rarissime non plus. D'autres catastrophes comme la procidence du cordon ou l'hémorragie massive sont au moins 100 fois plus rares. Après, le risque de déchirure de l'utérus varie considérablement d'une personne à une autre, et c'est au couple et à la sage-femme de décider des risques qu'ils acceptent ou pas. Au bout du bout c'est surtout une bonne raison pour éviter les premières césariennes dont on pouvait se passer, et continuer à chercher les indices cliniques permettant une évaluation du risque individuel et pas seulement statistique.


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clelia 28/05/2012 10:52


ahhh le jugement facile !! pr avoir connu et connaître tjrs cette peur de la vb je sais de quoi je parle . la peur ne se contrôle pas forcément et en plus pr le soutien on repassera.j'en avais
parlé à ma sage-femme de ma peur de la vb et vu son discours réac et moralisateur, cela n'a fait qu'empirer les choses et me conforter ds ma volonté d'accoucher pr vb.j'en avais aussi parlé à mon
gynéco... bref, peu de compréhension autour de moi. ma césa s'est bien passé, et je souhaites n avoir une seconde pr le bb que j'attends et je ne donne le droit à personne de juger car à part
celles qui on connut ça, je vois pas qui pourrait se donner le droit de juger qq'e chose qui lui est inconnut .... je ne dis pas que ce choix est le bon ou pas ms il est le mien.


et je suis pr laisser le libre au choix aux femmes de choisir leur mode d'accouchement (sauf cas de danger pr la mère et l'enfant cela va s'en dire) car je me souviens lorsque mon gygy m'a
annoncé que j'aurais une césa, le soulagement que j'ai resenti est indescriptible après le stress vécut pdt plusieurs moi

tiao 29/01/2010 15:21


Il faut vraiment distinguer 2 types de demande de césarienne :

- la césarienne de confort, l'accouchement chirurgical, propre et net, rapide, "pratique" (on choisit la date comme ça on peut programmer les vacances), pour certaines l'accouchement sans douleur
(grande croyance que pas de douleur suite à une césarienne). Ces femmes qui demandent ce type de césarienne veulent un accouchement civilisé (elles ne seront pas en sueur devant leur chéri), elles
refusent l'aspect primaire, animal, de la transmission de la vie. Il faut raisonner, rationnaliser. Mais nous sommes des mammifères, encore plus quand nous devenons parents de petits.
L'accouchement n'est pas une étape médicale, mais il s'inscrit dans la ligne de vie, création de vie, c'est un moment extrême, proche de la vie et de la mort, l'instinct parle. Une femme qui
accouche redevient à ce moment un animal. C'est dans l'ordre des choses. En écoutant son corps (et non sa raison) elle accouchera de son bébé.
Pour certaines femmes (surtout celles qui ont privilégié leur carrière avant de faire des enfants) une telle régression est inconcevable.
Et comme les avantages de la césarienne sont vantés partout, elle décide de prendre son corps en main en le confiant à un médecin.
Je suis d'avis qu'il ne faut absolument pas favoriser ce genre de dérives. En effet ce n'est pas anodin pour le bébé. Une équipe allemande pratique même ces césariennes programmées après que le
travail se soit mis en route pour que le bébé soit préparé par les contractions (incidence sur ses poumons). Sans parler de l'anesthésie de la mère, et des suites souvent un peu brutale (le
peau-à-peau avec le papa est encore trop rare), cela dit c'est parfois le cas avec les accouchements voie basse.

- la césarienne car le traumatisme de la voie basse est là AVANT que l'accouchement ait lieu. Ces femmes (je découvre aussi le mot "tokophobie" (même si je connaissais le principe)... alors que
tenez-vous bien... dans quelques mois je suis sage-femme ! c'est dire si cette notion est prise en compte dans le monde médical !)
Chez ces femmes, qui ont souvent une histoire, consciente ou pas, qui a laissé des traces (sa propre mère avec un accouchement voie basse difficile, un viol, des antécédents gynécologiques, une
certaine fragilité...), elles ne peuvent pas accoucher par voie basse car elles ferment tout. Si on leur refuse la césarienne (ce qui arrive souvent car non justifié médicalement) le travail sera
long, douloureux, et débouchera sur une césarienne. Elles font inconsciemment de la rétention d'enfant.
Le psychisme de la mère intervient beaucoup sur l'avancée du travail. Par exemple, le travail peut être long avec un sf cassante et peu agréable et quand la rélève, jeune et souriante, arrive, le
bébé arrive comme une fleur !

Par mon expérience je constate que souvent les césariennes demandées par les patientes sont très bien vécues. Par contre une femme qui subira une césarienne à contre-coeur en aura un vécu mauvais
voir traumatisant, et la pathologie surviendra plus facilement.

Laisser le libre choix aux femmes (je vais me faire taper sur les doigts...) est délicat car souvent elles n'ont pas les bonnes informations (qui circulent de femmes en femmes), ou une vision
déformée de celles-ci (elles peuvent être marquées par un témoignage stressant sur doctissimo, par exemple....). La peur peut être mauvaise conseillère, mais aussi et surtout le manque de confiance
en soi (combien nous disent qu'elles ne vont pas y arriver ?). Pour moi, sage-femme et obstétriciens devraient être des guides cmme en haute-montagne : on décide par où on va passer (parce que nous
sommes les experts), on donne des conseils, on aide, mais c'est la femme qui accomplit son chemin.

Donc ma conclusion serait de dialoguer beaucoup, afin de lever certaines peurs, de rassurer aussi les jeunes femmes dans leur capacité à accoucher, de balayer les idées fausses sur la césarienne,
et d'adapter notre conduite à tenir à chaque patiente en suivant non seulement notre clinique, mais aussi notre instinct et le psychisme de la patiente.


Mathilde Pommier 06/11/2009 09:57



Une de mes filles a dû accoucher par césarienne pour son aîné. Question de survie pour la mère et l'enfant. Mais elle regrettait de ne pas avoir senti arriver son bébé. Et, intuitivement, je le
comprenais, alors que je n'ai pas eu à subir de césarienne et que mes accouchements n'aient pas été des parties de plaisir.

Cela m'a rappelé comment une de mes belles-soeurs regrettait de n'avoir jamais, comme elle disait, pu "donner naissance comme les autres femmes", de n'avoir pas pu "voir naître ses fils" (elle
avait un bassin trop étroit et a failli en mourir la première fois ainsi que l'enfant). Et le fait que ma mère, qui avait eu ses sept enfants par VB, comprenait ce regret elle aussi, tout
aussi intuitivement.

D'où viennent ces réactions si semblables à une génération d'intervalle ? Je ne le sais pas. Mais je suppose que cela alimente notre passion, tant pour les partisantes de la VB que pour celles
qui souffrent de tokophobie. Non ?



helene 04/11/2009 16:40


J'ai lu la discution sur Docti.. aberrant, comment une femme peux faire a ce point l'appologie de la cesarienne de confort? Je ne comprend, c'est a se taper la tete dans les murs.
En plus, elle se vante de connaitre le medecin qui les pratique sans conscience pro.
Cela me revolte. Etant moi même une maman cesariser, je ne peux que m'insurger devant ce genre de chose.
Pour ma fille, j'avais l'accord d'une voie basse, malgres un siege complet, le hic ce que mon BB ne s'engageait pas, donc j'ai finis au bloc, en larmes, prise de tremblements et de vomissement.
N'est ce pas stressant comme situation?
Ma fille allais bien ouf, une chance. Mais moi, je n'allais pas bien, j'ai mis 20 mois a accepter, 20 mois pour accepte cette cicatrice, la regarder, la toucher sans pleurer. 20 mois qui m'ont fait
douter de moi et de mes envies. Et maintenant, je souhaite un 3 eme enfant, j'espere un AVAC... mais j'ai la trouille, car les risques sont present, rupture uterine, hemorragie. Et j'en passe.

NON A LA CESARIENNE DE CONFORT

Pour les futures mamans souffrant de tokophobie, une aide avec un psy est totalement indiquée. Si elles ont vraiment peur, qu'elles se fassent aider par des gens competent, et pas par des gygy peu
scrupuleux.


claire 02/11/2009 10:20


Le fond, le vrai de cette discussion, reste pour moi celui du choix.
On ne l'a pas, ou trop peu : pas assez de SF libérales, une information unilatérale, un terrorrisme-autoritarisme médical général.  Les médecins oublient qu'ils ont des êtres humains en face
d'eux, capables de choix et de réflexion et que nous n'avons pas toutes (et oui certaines d'entre nous s'accomodent très bien de ce mode de fonctionnement!!) besoin qu'on
choisisse pour nous!

Comme Betty, entre 2 maux, choisir le moindre, c'est tout ce qu'on peut faire parfois. Et rien que ça, si ça donne à la maman l'impression d'avoir choisi, et de bien vivre après, c'est toujours ça
de pris. Quelle vie après?! Je pense en avoir une vague connaissance...

Si j'avais insisté pour une VB avec un siège, je me serais certainement retrouvée attachée au lit, en poulet de bresse, avec peri et episio protocolaire, et un forceps. Une autre boucherie.
 Penser que pour le bébé, la césa restait moins pire -et pour moi aussi, pour avoir vécu une épisio et un forceps à vif- ça aide à accepter. Je ne justifie rien, en tout cas pas mon choix -je
n'en ai pas eu vraiment.
Bref, je comprends Irina, son choix, et je comprends aussi les mamans qui s'indignent. Dans l'urgence, dans la panique et la peur, l'heure n'est pas à l'introspection et à l'analyse. Ca vient
en son temps et en son heure. On pare au plus pressé, être mère dans le mieux de ce qu'on peut faire. que ce soit par césa, sous péri ou à la maison

Ce genre de débat, de discussion houleuse entre sourds on le trouve aussi au sujet de la peri, de l'allaitement, de l'IVG, de IMG. Dès qu'il s'agit de choix et d'individualités en somme.
C'ets ce qui me fais fuir tous les forums. On cherche une seule vérité pour toutes et il n'y en a pas...