Ah les belles bagnoles

Publié le par Betty Boob


Pêché sur le site femiforum

Quelques forumeuses sont en grande discussion sur le thème : est-ce que c'est gênant d'avoir un examen gynéco par un homme, est-ce que c'est pas mieux par une femme, etc... Et c'est là qu'un gynéco lance une grosse cylindrée dans la mare :

" On me pose parfois la question de ce que ça "fait" de voir des femmes se dénuder toute la journée. Je fais une réponse qui ne plaît pas, en général, aux femmes: Je me compare à un mécanicien. Quand il voit une belle voiture entrer dans le garage, il  apprécie, comme il apprécierait si il la voyait passer dans la rue. Mais dès qu'il ouvre le capot, qu'il a les mains dans le cambouis.. ca ne fait plus le même effet. Tous les  moteurs se ressemblent. Les femmes ont horreur qu'on les compare aux voitures. Mais là il ne s'agit pas d'une comparaison, il s'agit d'une explication. "

On avait donc tout faux, ce n'est même pas une pièce de viande que nous devenons sur la table à faire accoucher, c'est une pièce de mécanique dégoulinante de cambouis ! Imaginez un urologue qui comparerait tous les pénis examinés à des pompes à pétrole ... Cet amateur de belles carrossées nous explique pourtant bien quelque chose : comment il se protège lui psychologiquement. Tout simplement : il s'échappe dans un monde imaginaire. Car la réalité objective est indéniable, il examine des femmes en chair et en os et bien vivantes, pas des pièces de mécanique. Si la réalité de l'être vivant individuel et indivisible qu'il examine lui est insupportable, peut-être devrait-il se reconvertir en garagiste...

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loli lola 08/11/2011 00:42



Bonjour,


 


Je tiens à signaler (puisque vous évoquez les urologues) que nos les hommes se reçoivent des réflexions à ne pas piquer des hannetons quand ils vont se faire soigner. Alors certes l'anus, c'est
pas un vagin,... c'est peut-être pas moins traumatisant. Et les réflexions permises sur la taille, la forme d'un pénis et ses éventuelles autres qualités (défauts) pas moins vexants...


Le corps médical est vraiment mal à l'aise avec l'intimité physique et psychique. Des patients mâles ou femelles. Des hommes et des femmes, si vous préférez... Et ils ne sont pas forcément plus
tendres ou attentifs lorsqu'il s'agit de confrères (ou consoeurs)... Il y a un vrai manque d'éducation à l'Empathie. C'est sociétal. Mais d'autant plus affligeant pour une discipline sensée
toucher le coeur des gens...


 


Merci pour votre travail concernant les femmes :)


(Dommage que les hommes ne se défendent pas plus... j'espère que cela viendra. Ensemble, nous pouvons vaincre ces pensées d'un autre âge !)



tiao 30/01/2010 18:56


Pareil qu'Alisabel, pendant qu'un gynécologue m'examine je préfère qu'il y voit un organe, ou même une mécanique plutôt qu'un sexe féminin. Je n'ai pas du tout ce problème avec une femme
gynécologue.
Après me demanderez-vous... et avec une sage-femme homosexuelle ?
Réponse : je ne connais pas la réponse... (ni la sexualité de ma gynécologue !)

Je serai bientôt sage-feme et quand j'examine une femme, je suis bien consciente que c'est son intimité et, ainsi que le faisait Chantal Birman dans son livre Au Monde, je demande à chaque femme la
permission de mettre mes doigts dans son vagin ("est-ce que je peux vous examiner ?")... malheureusement beaucoup ne le font pas... d'ailleurs énormément de patientes sont surprises par ma
question...
Pour ma part, le sexe de la femme devient "la voie du bébé" mais je sais qu'elle même le ressent autrement. Ainsi il est quand même sexué mais ce n'est pas sexuel...


Alisabel 25/10/2009 11:03



Pour l'aspect "mecanique" , je crois que je peux saisir la métaphore. Je n'ai pas lu l'ensemble de la discu mais j'ai l'impression que ce gynobs voulait éloigner le débat du sujet en
filigrane,c'est à dire la dimension de l'intêret sexuel vers le sexe opposé;  Si c'est bien dans ce cadre là que s'inscrit sa pensée , moi ça me convient.


Si il pousse le recul jusqu'à ne pas accorder à ses patientes plus d'humanité qu'à sa mercédès, là non , ça ne me va plus.



Mathilde Pommier 23/10/2009 11:12



Petite anecdote à propos d'unemédecin radiologue qui se défiait de cette dérive. 

  Avant de décider d'une intervention sur le canal carpien, on pratique un examen pour vérifier que le problème est bien localisé aux mains (rétrécissement de la gaine du nerf) et non
vertébral. Il consiste à expédier de petites décharges électriques pas sympas pour voir si le courant passe (c'est bien le canal carpien seul qui est touché) ou non (là, c'est au niveau vertèbres
cervicales). 

  Cet examen fait sans attention traumatise beaucoup de gens. Mais la radiologue le pratiquait avec une écoute, une humanité telles que je n'en garde aucun mauvais souvenir.
Nous avons bavardé. Et quand je lui ai dit que ce devait être difficile, avec le temps de ne pas trop s'endurcir, elle m'a répondu :
                  "Le risque est moins de s'endurcir que de devenir insensible."

  Comparer son patient à une mécanique, c'est bien un moyen de devenir "insensible", histoire de "se planquer" de ses propres peurs.
  Est-ce qu'un suivi psy aiderait nos toubibs planqués ? Et les patients avec ? A moins que lors de leur formation, peut-être ... Ouais, mais qui les forme ?...



Betty Boob 23/10/2009 10:12


L'intervention du gynobs était clairement un brin provocatrice. La réponse du BooB aussi ;-)

 Prendre du recul et gravir les échelons des degrés de la compréhension est un lent acheminement vers la sagesse. La grande difficulté c'est qu'on a toujours tendance à croire qu'on est le ou
la seul(e) à prendre du recul tandis que les autres ne comprennent rien à rien ...

Il y a une différence entre prendre du recul et se planquer en niant la réalité. Qu'est-ce qui peut conduire des gens censés soigner et soumis au serment d'Hypocrate à des abus aussi incroyables
que la pratique généralisée de l'épisiotomie ou dans certains endroits l'extraction très fréquente aux forceps ? On commence par se spécialiser, puis on soigne un organe, et à la fin on finit par
oublier qu'il y a un être humain au bout. Les pièces de mécanique ne ressentent pas, ne souffrent pas, ne pensent pas. Même au second degré c'est un dérapage.