Le poil à gratter des doulas

Publié le par Betty Boob


Pêché dans un article de Côté Mômes, "Les doulas, un accompagnement controversé" :

Ah ces doulas... Ca les irrite, ça les titille, ça les prend à rebrousse-poil. Ca l'énerve tellement le Dr. Descamps, pourtant membre éminent du CNGOF, qu'au lieu d'utiliser son cortex pour descendre les doulas avec panache, il s'est laissé piégé dans le tout émotionnel :

" Le fait d'être maman ne confère pas automatiquement de compétences, s'emporte-t-il ".

Un demi-point pour lui, c'est juste et sujet à discussion dans les milieux débranchés (de la perfusion et du monito s'entend). Sans s'emporter il aurait eu un demi point de plus.

" Elle assistent simplement en tout et pour tout à six modules de formation de 18 heures. "

Ce pourrait être le temps minimal de formation à l'intelligence émotionnelle et à l'empathie qui manque à un certain nombre de soignants (pas à tous, certains l'ont naturellement et la développe; ceux-là on les remarque).

" Comment pourrais-t-on comparer les doulas aux sages-femmes qui sont astreintes à plusieurs années d'études obligatoires ? Aux obstétriciens qui suivent un très long cursus ? "

Plouf, il n'a pas vu le marécage et se retrouve tout crotté le Dr. Descamps. Il n'y a en effet aucun rapport, aucune comparaison. Il n'y a rien à comparer car doula n'est pas une profession médicale. Que ce soit côté doula, côté sages-femmes, côté gynobs, ou côté parents, le seul maitre mot à se graver dans le ciboulot serait : doula n'est pas une profession médicale.

" Je ne vois pas comment ces femmes seraient en mesure de réagir à d'éventuelles pathologies de l'accouchement. "

En effet, et elles n'ont pas à le faire. C'est le boulot de la sage-femme ou/et du gynobs. Corollaire : les doulas ne sont pas censées accompagner des accouchements sans assitance médicale.

" Ce n'est pas parce que l'on se casse une jambe qu'on peut devenir orthopédiste. "

Mais si ;-)  L'orthopédiste qui s'est cassé une jambe sait comment bouger ou s'asseoir avec un platre, que ça gratte, que la peau devient toute blanche et pèle, que ça fait mal, surtout la rééducation, toutes choses pratiques qu'on n'apprend pas à l'école de médecine. Il sait aussi comment nourrir sa jambe au sein, la materner, etc... ;-)

Passons sur - encore - la triste histoire du bébé décédé en Ariège que sages-femmes et gynobs agitent toujours en épouvantail alors que : 1) cette femme n'était pas doula, 2) on ne sait toujours pas de quoi le bébé est mort ni quelle est la responsabilité de cette sage-femme américaine dans le décès du bébé.

" Dernier grief fait aux doulas : leurs prestations, très onéreuses, ne seraient réservées qu'à une petite frange de personnes ultra-privilégiées. L'accompagnement global de la grossesse par la doula couterait ainsi entre 500 et 700 euros, non remboursés par la sécurité sociale. "

Et une césarienne de convenance à l'hôpital américain ou dans une clinique privée de Neuilly, ça coûte combien ? C'est amusant, les riches auraient donc le droit de s'offrir une césarienne, mais pas une doula. Lequel des deux est le plus dangereux, intéressante question.

" Cela me rappelle la mode des accouchements en piscine qui a laissé beaucoup de gamins handicapés. C'est un snobisme qui peut être dangereux, commente le Dr. Descamps. "

Accusation non chiffrée, non étayée, sans preuves. C'est l'argument par la terreur, affirmé par celui qui dit qu'il sait, lui. Sur le Boob c'est poubelle direct.

" Pour le Dr. Philippe Deschamps, une autre façon de répondre aux attentes des parents est de favoriser la création d'espaces physiologiques au sein même des maternités. Il faut arrêter d'opposer d'un côté l'ultra-médicalisation et de l'autre les personnes aptes à accompagner les couples. De mettre dos à dos la psychologie et la sécurité ... Ce ne sont pas des choses incompatibles."

Ces fichues doulas... C'est du poil à gratter dont sages-femmes et gynobs ne peuvent se débarasser. Ca gratte affreusement, ça gratte là où ça mal. Car la sage-femme interrogée dans l'article le dit, ce ne sont pas 4 ou 5 femmes en couche qu'elles surveillent en même temps, mais parfois jusqu'à 7 ou 8 !!! Le gynobs n'est plus le sauveur, mais une blouse qui passe en coup de vent sortir le gamin aux forceps. La sage-femme n'est plus la femme sage, mais une autre blouse qui passe en coup de vent faire un TV et rompre la poche des eaux.

Le poil à gratter des doulas : nous on est là tout le temps, pas vous... nous on écoute tout le temps, vous pas ... 

Chers sages-femmes et gynobs, ne vous trompez pas de cible. L'état des lieux est souvent consternant en termes de moyens humains et de stress, mais ni les doulas ni les parents n'en sont responsables. Faire des pôles physiologiques sans embaucher plus de sages-femmes pourrait bien ne pas arranger grand-chose. Démédicaliser les accouchements normaux sans chambouler la formation des soignants pourrait bien être un leurre. Les racines sont ailleurs. Les doulas n'en sont que le fruit. Fichu poil à gratter.

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samia 05/02/2010 15:18


J'adore cet article, il me fait bien marrer, faut bien que j'en ris moi, je suis accompagnante de naissance


Mathilde Pommier 13/09/2009 10:55

  Il y a un modèle de ce genre de toubib hautain, méprisant, sûr de lui et qui a toujours raison in-fine, bref, le prototype d'un "excellent" médecin, celui qui "sait" soigner, dont le génie est tel qu'il n'a nul besoin de se montrer "humain" dans ses rapports aux autres, sur nos média. Certes, il ne s'agit pas d'un gynobs, mais qu'il soit le "héros", le "Zorro" d'une des séries TV paraît-il les plus suivies du public ne laisse pas de m'interroger. Vous l'avez reconnu, je pense. C'est Docteur House.  Cela ne vous interroge-t-il pas aussi sur l'humaine nature ?  Comme beaucoup d'entre vous, je garde très peu de bons souvenirs des rapports humains avec les soignants lors tant de mes accouchements (et autres relations avec divers soignants, gynéco et autres) que de ceux de mes filles. Bien moins que de mauvais, voire de cauchemardesques. Et cela continue de m'étonner, au bout de 45 ans, qu'on puisse se montrer si obtus humainement parlant. Il faudrait si peu, souvent.  Pourtant, nombre de personnes apprécient Docteur House. Figurerait-il l'image d'un "père" sévère mais juste, un "père protecteur" donc sécurisant ? N'est-ce pas cette image que la profession tente de nous fourguer et de se fourguer à elle-même, le meilleur vendeur étant celui qui croit en la qualité supérieure de ce qu'il vend ?  Après tout, c'est bien connu, c'est en tant de crise, d'insécurité, que les gouvernements autoritaires émergent lors des élections.  Constat défaitiste ? Non, constat de vieille dame qui se révolte et qui sait dans son corps l'importance du refus, du sourire, du coup de gueule et surtout de choisir, autant que possible (on nous prive de plus en plus de cette liberté de choix), ceux qui nous accompagnent, l'opportunité et les modalités de cet accompagnement. Une lutte permanente tant contre ses propres fragilités (quand on a mal, peur, on a tant envie d'être pris en charge !) que contre l'instinct possessif, voire esclavagiste (au pire) qui existe dans l'âme humaine.   C'est pour ça que j'aime bien ce blog ! Mais chut ! Il se bat !     

Alisabel 11/09/2009 22:17

Voui... encore une fois le milieu médical utilise le marketing de la peur pour tenter de discréditer une profession qui le menace (croit il) dans ses prérogatives. C'est tellement plus simple que de se remettre en question, n'est ce pas ? Quand je lis ce genre de choses je repense à la scène du film " la belle verte", où le chef du service gynobs est un pédant hautain et méprisant, aussi bien que sûr de lui  C'est tellement gros !merci pour cet article .

Selina Kyle 09/09/2009 12:53

La surveillance, c'est de la prévention. Et elles peut se faire dans un climat de confiance, sans gestes imposés.Quant aux risques liés à l'absorption d'aliments, je n'oserais pas les comparer avec ceux de l'accouchement : une dent cassée, une arrête en travers de la gorge... c'est autre chose qu'une éclampsie, qu'une hémorragie massive, qu'une rupture utérine, qu'une asphyxie foetale, etc. qui sont des risques bien plus présents en nombres et parfois fatals ou générant des complications sévères.Mais évidemment, vivre, c'est risqué ;-) A chacune, je le répète, de faire le choix du degré de surveillance dont elle a besoin. Le sentiment de sécurité est subjectif mais il est tout aussi présent dans l'esprit de celles qui décident d'accoucher sans assistance médicale que dans celui des femmes qui préfèrent accoucher en maternité. Ce qui le conditionne est juste différent.Toutes les femmes ont leur mot à dire ; même celles qui n'envisagent pas la grossesse et l'accouchement comme moi, pour ce qui me concerne.Faire du nettoyage ? C'est indipensable. Tout jeter ? Pourquoi ? Pourquoi jeter ce qu'il y a de bon ? Car il n'y a pas que du mauvais dans l'obstérique contemporaine...Les femmes, siliconées ou pas, peuvent danser aux côtés des hommes ; il faut qu'elles osent le faire et qu'elles s'imposent quand on le leur refuse.La défiance, elle s'exprime aussi autant dans le rejet de tout ce qui existe déjà...

Incognito encore elle 09/09/2009 12:24


 
Difficile de rester concise tant il y a de quoi dire, j'aurais mieux fait de ne pas intervenir!
Pffffff, mais l'interventionnisme, hein, on sait où ça mène! LOL
 
Donc avant de sortir, je fais quelques points...
:-D
Je préviens toutefois que sans anesthésie, ça peut piquer!
 
 
SK écrit: « La surveillance et l'intervention sont partie intégrante du travail de sage-femme. »
Et alors? Pour avancer il faut parfois faire le ménage. L'obstétrique actuellement ressemble à une vieille maison où on aurait accumulé les meubles et les babioles depuis des siècles sans jamais aérer. C'est devenu étouffant et on aura beau tenter de vaporiser des parfums écolo, rien n'y fera. Il FAUT prendre une benne et jeter, jeter, jeter ce qui ne sert plus à rien. La surveillance policière mise en place dans les années 80, par exemple, censée prévenir pathologies et MAP, n'a fait que favoriser leur fleurissement comme autant de moisissures!
Note bien qu'on y est tellement habitué, que même pour les plus militants, il ne vient pas à l'idée que le changement passe par le nettoyage des fâcheuses habitudes. On préfère rajouter, on a peur de manquer... C'est un fait humain.
 
SK dit: « Il est tout à fait concevable qu'une femme décide de s'en passer totalement. D'autres par contre la réclament et elles sont tout autant respectables dans leur choix. »
Réclamer de la surveillance! Oui, il y a des gens qui payent fort cher des centrales pour « surveiller leur domicile », il y a des radars sur les routes et des caméras dans les supermarchés et dans les rues. Nous AIMONS beaucoup être SURVEILLES, ça contribue à notre sentiment de sécurité et ça alimente notre défiance.
 
SK ajoute: «  Tu choisirais quoi comme mot, pour exprimer le fait de s'assurer par un coup d'oeil, de l'écoute ou des gestes, le fait que l'accouchement se déroule bien (en général, quand on bouffe ou quand on baise, on ne rencontre pas la même probabilité de devoir intervenir médicalement que dans certains accouchements). »
J'ai parlé de mon point de vue préventif en fin du commentaire précédent. Et je ne suis pas d'accord avec toi : quand on bouffe, et particulièrement dans ce cas (quand on mange, voir quand on se nourrit c'est moins fréquent), on risque l'arrête coincée dans la gorge, on risque la dent cassée sur un noyau, on risque la fausse-route, on risque l'intoxication, on risque la parasitose, etc... Mais c'est tellement quotidien qu'il vaut mieux ne pas y penser. Ce qui est particulier à la naissance, c'est qu'elle est devenu un fait rare que chacun désire parfait. C'est légitime mais impossible.
 
So.... Demain est encore à inventer et je formule un espoir fou : pour une fois, nous pourrions vraiment inventer et arrêter de le cycle des recommencements.
Pourquoi et comment?
Parce que j'ai envie de penser que les femmes ont leur mot à dire.
Et oui.... parfois je rêve, malgré les talons aiguilles et les seins en silicone, que des femmes puissent danser en liberté à côté de leurs compagnons mâles.
Et alors?
Il FAUT balancer les idées actuelles surveillance=sécurité= défiance++++
La prévention consiste à cultiver la confiance.
Le boulot est immense.