On écrit au BooB : quinze ans après, comme si c'était hier

Publié le par Lola & Betty Boob


Le témoignage poignant de Lola. Secret de la fin du 20e siècle.

De ce qui n'est jamais écrit dans les dossiers, ou, de la mémoire des femmes. Quinze après Lola se souvient encore des phrases exactes prononcées, comme si c'était hier. On a beau le savoir que les traumatismes sont gravés comme des films indélébiles dans nos cerveaux, c'est impressionnant.



Je découvre votre blog qui fait remonter à ma mémoire beaucoup de douleurs, des choses qui me donnent envie de vous apporter aussi mon témoignage de l'aspect parfois traumatisant de certains accouchements.

Première naissance :


Ma fille est née il y a environ 15 ans
dans une petite maternité. C'était mon premier accouchement, j'avais moins de 30 ans et j'étais bien sûr très anxieuse. Le père était à côté de moi pour m'encourager et me tenir la main, tout se passait à peu près correctement, la sage-femme avait réussi à me mettre à l'aise malgré les contrôles du col, la position jambes écartées et le monitoring, et la péridurale faisait effet.

Et puis l'obstétricien (que j'avais dû voir une fois au préalable) est arrivé, s'est placé entre mes jambes et, au bout de cinq minutes, a dit à mon mari : "On voit la tête, venez voir, monsieur !"

Je me suis immédiatement senti l'âme d'une vache en train de mettre bas. Il ne m'a pas regardée un instant avant de dire ça, ne m'a pas une seule fois demandé si j'étais d'accord pour que mon mari voie mon anatomie exposée de la manière la plus crue possible, sans parler de la grappe d'hémorroïdes en pleine floraison pour l'occasion. Je suis très pudique et j'ai été horrifiée à cette seule idée. Ma réaction instinctive a été de cesser de pousser et de tout retenir de toutes mes forces, histoire de faire un peu rentrer à l'intérieur tout ce qui était si visible. J'ai dit à mon mari timidement : "Non mais t'es pas obligé, hein !" et l'obstétricien a dit : "Mais si, venez vite, ne craignez rien, il n'y a pas de sang !"

Mon mari n'a pas compris mon malaise, a eu peur de sembler montrer du désintérêt et a obéi à l'obstétricien, à contre-cœur. Et j'ai dû subir cette humiliation, en me sentant totalement impuissante, avec le sentiment de ne plus m'appartenir, d'avoir perdu mon libre-arbitre, d'être un vagin en chou-fleur exposé aux regards de mes proches.


Ce souvenir est encore cuisant 15 ans après et je regrette de ne pas avoir sorti ce gynéco de la salle à coup de pieds, puisqu'il était précisément à ma portée pour ce genre de traitement. Je ne comprends même pas pourquoi je n'ai pas hurlé : "NON !!" C'était mon corps, c'était à moi de décider. Mais je n'ai pas osé me rebeller. De tout cet accouchement qui s'est pourtant (relativement) bien passé en regard du second, c'est malheureusement ce souvenir qui reste le plus net, quand tout le reste s'estompe. Merci Docteur.

 


 

Ah ben ma pôv dame, si en plus y fallait d'mander leur avis aux vaches ! J'ai pô kça à faire moi, et pis ça parle pas les vaches d'toute manière !


Deuxième naissance :

Mon deuxième accouchement, quatre ans plus tard, a été une césarienne en urgence pour cause de décollement placentaire, à 7 mois et demi de grossesse. Le bébé souffrait, il fallait faire vite, je me retrouve en salle d'opération une heure après mon arrivée à l'hôpital. Juste avant l'anesthésie générale, alors que je sanglotais d'angoisse, complètement nue et attachée à la table d'opération tête en bas, le chirurgien s'approche de moi pour me dire : "On vous opère en urgence, madame, parce qu'on ne sait pas si votre bébé sera vivant dans une heure."

Comment peut-on dire une chose pareille à quelques secondes d'une césarienne en urgence sous anesthésie générale ? Je me suis endormie sans avoir le temps de poser LA question qui m'est venue tout de suite et à laquelle le chirurgien n'a pas pensé à répondre tout seul : "Combien de temps ? COMBIEN DE TEMPS dure l'opération ???" (*)

J'ai fait le plus horrible cauchemar de ma vie pendant cette césarienne : j'ai rêvé que j'étais en train de mourir étouffée, asphyxiée, avec un réalisme terrifiant. Pendant deux ans, chaque nuit, j'ai dû lutter contre des attaques de panique incontrôlables qui me laissaient persuadée contre toute logique que si je me couchais, j'allais mourir dans le quart d'heure. Puis ces crises se sont peu à peu espacées pour finir par disparaître au bout de cinq ans.

Un chirurgien m'a expliqué, des années plus tard, que ce cauchemar venait de ce que les produits anesthésiants employés pour les césariennes sous anesthésie générale sont très légers pour ne pas faire souffrir le bébé déjà en difficulté, ceci expliquant que le cerveau continue d'avoir une activité et de rêver, ce qui n'arrive pas dans les autres cas d'anesthésie générale. Apparemment, c'est quelque chose de connu dans le milieu médical.


Pourtant, personne n'a pris le temps de m'expliquer tout cela ensuite et j'ai dû gérer seule un stress post-traumatique très lourd.


Mes deux enfants ont dû rester en couveuse quelque temps et leurs naissances ont été difficiles. Ils ont été admirablement soignés ensuite par la majorité du personnel (je ne remercierai jamais assez la néonat d'Edouard Herriot à Lyon) et s'ils n'ont pas de séquelles aujourd'hui, c'est certainement grâce à la technique et à la médecine. Je ne suis même pas sûre que mon fils aurait vu le jour sans cette aide. Mais le prix de cette efficacité est une véritable déshumanisation qui, elle, laisse des séquelles psychologiques profondes et durables à la mère.

Merci de m'avoir lue, je suis soulagée d'avoir pu raconter ces moments pénibles. Même des années après, ce sont des souvenirs qui me serrent la gorge.
Merci pour votre blog.


 

Deux naissances traumatisantes pour .... juste deux phrases idiotes de médecins présentant un déficit pathologique d'intelligence émotionnelle, de respect humain pour le premier, et de manque de maitrise de sa propre panique pour le second (car sa phrase est le miroir de sa panique, une justification,  mais non une aide à autrui).  27 mots.  Deux traumatismes et un stress post-traumatique pour 27 mots (**). Très fort, on applaudit à tout rompre :-{{{

Y aurait-il des baffes [*] qui se perdent, ou bien faudrait-il repenser sérieusement la formation et la sélection des médecins ?


(*) : Un bébé peut-être extrait par césarienne en un temps aussi court que 5 mn ! Une heure, c'est à peu près le temps qu'il aurait fallu pour poser la rachi-anesthésie, injecter les produits pas trop vite, et attendre qu'elle fasse pleinement effet. Mais les gens normaux ne sont pas médecins et ne sont pas censés le savoir.

(**) J'exagère à peine. La situation d'urgence de la seconde naissance plus l'anesthésie générale ont aussi été des facteurs aggravants bien entendu. Mais sans la phrase malheurese du chirurgien, elle aurait pu s'endormir sans se focaliser sur cet horrible cauchemar.

[*] morales les baffes, Betty Boob pas taper.


Publié dans On écrit au BooB

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Gayanée 09/08/2009 20:23

des larmes de tristesses... de la colère... Pourvu qu'un jour cela n'arrive plus! Faisons tout pour éradiquer ces situations!!

Irina 09/08/2009 16:47

Tout ceci est édifiant et je comprends ce qu'a vécu cette maman, car la mienne a vécu un scénario proche de la deuxième naissance pour sa césarienne.Après 36H de travail pour parvenir à dilater, un refus d'engagement de ma part (probable cause PC trop elévé et mauvaise position (front ???) sur un bassin jugé assez étroit à la radio mais bon "au toucher"), les gentils docteurs ont attendu... la catastrophe, à savoir que mon placenta se décolle provoquant une hémorragie qui a bien failli nous tuer toutes les 2, elle se souvient encore de s'être vu partir dans l'indifférence générale, c'est le monito à 0 qui a donné l'alerte, son état, personne ne s'en occupait.A son réveil, 6H après ma naissance, ma maman a eu une phrase très judicieuse, elle a traité les médecins d'"Assassins" et malgré les paroles mièvres, bienveillantes et son ligotage sur un lit a refusé d'arrêter de hurler avant de me voir car comment croire encore des gens qui ont tout fait pour vous tuer quand ils disent que votre bébé est vivant ?Mais comme cela ne suffisait pas d'avoir eu un accouchement traumatisant pour négigence médical, le lendemain un crétin doté d'un diplôme de pédiatrie vient m'examiner sous son nez alors qu'elle sort un peu des vaps, conclusion "jambes déformées, elle ne marchera jamais, et vu ce qui s'est passé, elle sera attardée".J'aimerai bien connaître le nom de cette enflure pour lui montrer que le bébé qu'il a tant maîtrisé marche (difficilement, mais après moultes avis, c'est plus faute d'une prise en charge de la part de gens compétents à l'époque que dû à la pathlologie de base) et a eu son bac avec mention !!!Résultat de tout ça, ma pauvre maman n'a jamais voulu d'autres enfants, et a toujours refusé de me fêter mon anniversaire à la date exacte car c'est "trop dur" pour elle, on se demande bien pourquoi...Merci messieurs les gentils docteurs !!!

Lana 09/08/2009 15:49

C'est sûre qu'il faut pas grand chose pour nous faire du mal trés longtemps.