Les gynobs préfèrent les jeunes

Publié le par Betty Boob


Pêché sur le site du CNGOF, 2009

Le CNGOF vient de lancer une grande "campagne nationale d'information sur l'infertilité", financée par un laboratoire très, et même tristement, connu. Vous pouvez visionner le radio-trottoir sur leur site, ainsi que les résultats d'un sondage.

Cela fait déjà un moment que les gynobs s'en prenne au vieillissement des mères. Depuis les années 60 l'âge de la première grossesse a avancé d'environ une dizaine d'années. La cause en est simple, le changement du statut des femmes dans la société et tout ce qui va avec : contraception, avortement, désafection du mariage, études plus longues, projets professionnels. D'après certains gynobs, au-delà de la trentaine c'est la bérézina. Les risques de malformation augmentent, ainsi que les risques de complications de la grossesse et de l'accouchement, tandis que la fertilité diminue. Ce n'est d'ailleurs pas faux, bien que certains exagèrent dans l'alarmisme. L'idéal du CNGOF, c'est que les femmes se remettent à procréer plus tôt, avant 30 ans ce serait parfait. Un point de vue étriqué, strictement biologique, en collision frontale avec les acquis de notre société actuelle. Du coup, au-delà d'une certaine ignorance d'une partie des gens - nettement exagérée dans leur campagne car la grande majorité des femmes savent bien qu'il ne faut pas attendre trop longtemps - le sondage et le radio-trottoir du CNGOF sont souvent un dialogue de sourd. Les gens et les gynobs ne parlent pas de la même chose ...

Commençons par la question qui fait le titre de la campagne :

" Un enfant quand je veux, ou un enfant quand je peux "

Passons sur la reprise malheureuse de l'un des plus grands slogans de la libération des femmes. Il n'a jamais voulu dire autre chose que sortir de l'esclavage dont la maternité était l'une des chaines ...

Pour le gynobs, le je peux signifie possibilité biologique. Il en va tout autrement pour les gens interrogés. Le je peux englobe clairement tous les facteurs : études, profession, moyens financiers, partenaire adéquat, maturité, désir, et possibilités biologiques.

" Reporter un projet d'enfant, c'est parfois prendre le risque de ne jamais obtenir de grossesse. "

Ne pas reporter un projet d'enfant, c'est parfois prendre des risques dans le cours de sa vie, risques  dont la nuisance n'est pas forcément inférieure à celle de l'infertilité. La vie est compliquée ...

L'enquête BVA conclue :

" Des résultats qui illustrent :
a)  une certaine ignorance des français en matière de fertilité ou tout du moins bon nombre d'idées reçues
b)  la complexité d'un sujet qui voient s'opposer les positionnements idéologiques et la réalité des faits
"

Conclusion a), effectivement nous sommes nombreux à ne pas tout savoir de A à Z sur la fertilité, vu que contrairement à certains ce n'est pas notre priorité absolue dans la vie ... Mais les gens ne sont pas aussi ignorants que le laisse penser la conclusion, et surtout ils ont répondu à une autre question que celle que le CNGOF croyait poser.

Quant au b), j'ai beau relire le sondage et ré-écouter la vidéo, je ne vois aucun positionnement idéologique des français là-dedans. Juste la réalité des faits ... : les femmes françaises vivent leur vie autrement qu'il y a un demi-siècle. Le positionnement idéologique serait plutôt du côté du CNGOF qui semble  voir en la procréation un but de vie primant sur tout le reste. Ce n'est plus ce que vivent beaucoup de femmes et de couples.

A propos de positonnement idéologique, avez-vous remarqué cette petite phrase du sondage :

" L'échantillon a été construit selon la méthode des quotas en termes de sexe, âge, CSP de l'interviewé, CSP du chef de famille, région et taille d'agglomération. "

Chef de famille .... On trouve encore cette expression dans certains documents administratifs. Pourtant, le chef de famille ça n'existe plus ! Il y a un "chef" dans votre famille ? Le père forcément, sauf si la femme vit seule avec ses enfants .... Conception totalement désuète, survivance navrante du patriarcat.

On trouve aussi une contradiction interne assez étonnante dans le film du radio-trottoir. Après nous avoir bien asséné que la fertilité diminue avec l'âge, le CNGOF recommande, en cas d'insuccès pour tomber enceinte, de faire une consulation au bout d'un an avant 35 ans, et au bout de 6 mois après 35 ans ! Curieux, puisque la fertilité diminue, le délai d'attente est en moyenne plus long après 35 ans qu'avant. Le risque d'avoir une intervention hormonale inutile pour soupçon "d'infertilité" augmente donc drastiquement vers 35 ans si on suit leurs prescriptions. Comme si les shoots hormonaux n'avaient pas d'effets secondaires sur la santé des femmes, si chère à nos gynobs.

On peut comprendre que certains gynobs soient inquiets, exaspérés, ou atterés de voir arriver des femmes autour de la quarantaine soudainement en grand désir d'enfant et ne réussissant pas à en avoir. Il est bel et bien dans les attributions du CNGOF d'informer les gens sur les facteurs de fertilité et d'infertilité. Mais ce n'est pas seulement ce que fait cette campagne. Les informations sont très lisibles, mais très succintes, et ne citent aucune source vérifiable. Même pas bon pour une certification HON code .... La campagne ne vise qu'à faire pression sur les femmes pour qu'elles aient des enfants plus jeunes, sous-entendu avant la trentaine, en utilisant des "arguments" d'un autre âge : leur ignorance crasse, et la peur (de l'infertilité, des pathologies). La peur et l'ignorance, le tandem de l'autoritarisme dont on abreuve les femmes enceintes et en couche depuis des lustres et des lustres. Le CNGOF a décidemment bien du mal à rester à sa place, celle de la médecine.

 

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Luma 29/11/2009 20:52


Je vais me rendre demain à la conférence de la campagne dont vous parlez. Et je cherchais justement des informations craignant, au vu du prospectus, que ce ne soit effectivement, qu'une campagne de
culpabilisation des femmes, ce qui me donne de l'urticaire !!!

De ce que je vois autour de moi, toutes les femmes ont déjà beaucoup de pression autour de la trentaine au vue de l'urgence soudaine d'avoir un enfant parce que la montre tourne.

 Il ne me semble pas qu'il soit utile d'en rajouter, la pression sociale est bien assez importante. 

Je pensais surtout que seraient abordés les problèmes environnementaux, sources de nombreux perturbateurs endocriniens. Cela me semble très important puisque de plus en plus de problèmes de
fertilité vont être liés à ça (hommes et femmes).

Mais je crains me tromper de conférence ... 


clochette 03/09/2009 12:00

Pour le contexte : je suis actuellement enceinte d'un petit bout de bonheur arrivé par miracle après 2,5 années d'essai, l'annonce dédramatisée par le gynéco du "vous avez 1 chance / 1000 d'avoir un jour un enfant naturellement, mais ne vous inquiétez pas, vous pouvez faire des FIVs", un agrément pour une adoption obtenu dans la voulée, et un parcours PMA avorté (tiens, un beau lapsus!!!) de justesse par l'arrivée dudit miracle. Le pb n'était pas du à l'âge puisque nous avons tous les 2 moins de la fatidique trentaine...Cependant, et compte tenu des années difficiles que nous venons de vivre, je reste persuadée qu'il est véritablement important de se rendre compte de ce que la fertilité mais également la réussite des traitements médiciaux, et aussi les possibilités d'adoption, se réduisent avec l'âge. (ce n'est pas si simple de dire tiens, je vais adopter ; je l'ai pensé moi aussi mais la réalité est tout autre...)Dans ce parcours, nous nous sommes toujours félicités d'avoir fait ce choix d'un enfant tôt (puisqu'à 26 ans on est "très jeune" pour avoir un enfant aujourd'hui!) Je suis d'accord que les arguments employés dans la campagne ne sont pas toujours les plus éclairés, mais moi-même de mon côté j'essaye de faire passer tranquillement le message à mes amies ou connaissances que tout n'est pas toujours si simple, et qu'attendre le prince charmant, la maison barbie qui va avec, le CDI dans la fonction publique et la mutuelle à 300%, n'est pas nécessairement obligatoire pour avoir une maternité épanouie. Je ne pense pas utiliser la peur, mais sensibiliser face à un problème souvent ignoré ou minimisé, 3 fois OUI..! Je crois que l'on ne doit jamais reprocher l'information des femmes (ou des couples d'ailleurs), même si elle est un peu basique... Après, j'incite chacune à aller plus loin, et à se poser les questions importantes, au minimum. Mille merci pour votre blog, Betty Boop, qui aide justement à aller plus loin que le petit bout de la lorgnette ;)

Betty Boob 21/08/2009 19:33

Bonjour Soleil,La difficulté que vous vivez à ne pas pouvoir concevoir sans la FIV se ressent bien. Le mot "pondre" vous a heurtée ... c'est vrai que pour vous ça ne donne pas envie de rire du tout. Mais le BooB est un site iconoclaste. On y rit (jaune-noir parfois) de tout, même, et surtout peut-être, de ce qui n'a rien de risible. Néanmoins, le but de cet article n'était absolument pas de minimiser le drame des couples qui veulent un enfant et ne peuvent pas. Le but de cet article était de mettre en avant les côtés caricaturaux et familièrement archaiques de la campagne du CNGOF. Vous ne précisez pas si votre problème de fertilité a un rapport avec votre âge ou si c'est une origine totalement différente. Je vais risquer une question délicate, vous avez le droit de me taper sur les nageoires ;-) Avez-vous envisager d'adopter un enfant plutôt que de passer pas la case FIV ? Est-ce si important que cela dans le fond la biologie ou les gènes communs ? Pour moi ça l'était, sans réflexion ! Comme notre premier enfant n'est pas venu vite et qu'on se posait des questions, c'est mon compagnon qui m'a suggéré l'adoption. Le temps d'y réfléchir et de renverser mes présupposés, j'étais d'accord (mais finalement l'enfant désiré est venu).

soleil- 17/08/2009 06:11

Missfw le droit à la famille et à la quête du bonheur sont déjà dans la Constitution... Mon mari et moi n'aurons jamais la chance d'avoir d'enfants autrement que par FIV, nous vivons en Suisse ou enfanter n'est tellement pas "un droit" que les procédures de PMA ne sont pas du tout remboursées par les assurances maladie. Je vous laisse imaginer la difficulté psychologique (au dela des effets financiers) de devoir payer quelque 8000 euros pour ce qui est gratuit pour les autres, et remboursé dans toute l'Europe..."Pondre" n'est peut-être pas un droit inaliénable, ne pas souhaiter "pondre" en est certainement un, mais attention aux mots...

misssfw 31/07/2009 15:02

En ce qui concerne le délai de consultation après trente-cinq ans, il s'agit peut-être d'une considération pratique : la réalisation des fécondations in vitro est subordonnée à des critères d'âge. Dans une société obsédée par la procréation, l'avancée en âge devient une situation d'urgence. Il est tout de même bien étonnant de constater à quel point il va de soi qu'une femme doit pouvoir enfanter. A quand un débat parlementaire pour inscrire le droit à pondre dans le préambule de la Constitution ?