« Le problème, c’est la féminisation de la profession »

Publié le par Betty Boob


Pêché dans « Urgences pour l’hôpital », de Patrick Pelloux (médecin urgentiste au Samu de Paris, président de l’Association des médecins urgentistes de France, chroniqueur à Charlie Hebdo), eds le cherche midi, 2008.

 

Le coup du médecin qui déclare qu’il faut stériliser les infirmières dès l’obtention du diplôme, juste une anecdote ? Juste un  propos horriblement machiste d’un vieux crabe croulant ? C’est ce que le BooB avait cru, mais d’après Patrick Pelloux c’est plus grave et relativement répandu dans le monde médical. Chapitre « C’est où le nord », dans lequel il évoque les problèmes structurels de l’hôpital et la place de plus en plus envahissante de l’administration, p.134 :

 

« Certains disent que « le problème, c’est la féminisation de la profession ». Je m’élève formellement contre cette vision sexiste des choses et de l’évolution de la médecine contemporaine. Les femmes sont loin d’être un problème mais probablement une solution pour la prise en charge d’un certain nombre de considérations. Ce sont des femmes qui ont conduit largement le combat pour la pédopsychiatrie avec Françoise Dolto, l’avortement, et l’ont bien conduit. D’autre part leur présence impose une réflexion sur le temps de travail. On entend souvent dans les hôpitaux des réflexions qui montrent que la grossesse est encore terrifiante pour le monde médical, car c’est un médecin qui va s’absenter ! C’est ridicule et archaïque ! Mais en fait, pour une équipe, voir une femme épanouie, le bonheur de procréer, c’est quelque chose d’éminemment positif… Mais non ! On entend qu’elle ne va pas être remplacée, que cela va poser des problèmes, qu’il va falloir faire ses gardes, etc. Ce monde hospitalier est en retrait par rapport à l’évolution sociétale. »

 

Ce n’est guère mieux dans un bon nombre de boîtes privées, reconnaissons-le. Le pire, c’est que comme nous l’avons vu il arrive que les infirmières ne soient effectivement pas remplacées, et qu’une ou deux se retrouvent devoir faire le service de quatre  ! Au sein d’un service public ce n’est pas seulement fondamentalement anormal, c’est carrément scandaleux … et dangereux. Et comme si cette diatribe ne suffisait pas, Patrick Pelloux en remet une louche dans la synthèse de fin du livre, « Demain sera plus beau qu’aujourd’hui », p.193 :

 

« La féminisation de la profession est un progrès, et non un échec. J’entends des propos sexistes assez régulièrement. Mais les femmes apportent le progrès social. »

 

Il n’y a pas si longtemps les infirmières et les sages-femmes étaient des bonnes sœurs, ou des célibataires… Les mentalités évolueraient-elles beaucoup moins vite que les technologies ?...

 

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