"Dire la vérité au patient après un accident"

Publié le par Betty Boob


C'est le titre pêché dans le chapitre 10 de "La maternité, progrès et promesses", de E. Papiernik, eds Odile Jacob 2008. Le BooB a déjà épinglé ce grand professeur plusieurs fois, mais là, acrrochez-vous, le BooB est d'accord avec lui :




" La complexité des procédures augmente aussi les risques d'accidents médicaux, dont le patient peut être la victime. Comme il est le premier concerné, on pourrait penser qu'il sera aussi le premier informé lorsqu'un accident va survenir. Cela n'est pourtant pas toujours le cas. [...]

Il est tout à fait certain qu'un patient atteint par un évènement indésirable lié aux soins désire connaître la vérité sur ce qui lui est arrivé. Ceci est évident me direz-vous. Il a pourtant semblé nécessaire de faire plusieurs enquêtes pour faire apparaître une unanimité sur ce point. [...] Une enquête auprès de patients ayant protesté parce qu'un incident ou un accident était survenu dans le déroulement des soins a montré qu'ils considéraient comme important que le médecin ou l'infirmière ayant fait le geste à l'origine de l'accident vienne leur dire eux-mêmes ce qui était survenu. Les patients veulent entendre de la bouche même des responsables de l'erreur, des regrets mais surtout leurs excuses. [...]

La souffrance éprouvée par le patient ou par la famille est évidemment liée à la gravité des conséquences de l'accident. Les circonstancs aggravent encore la souffrance, quand les blessures ont été infligées par des personnes en lesquelles le patient avait mis sa confiance. Le premier mouvement est une grande colère contre l'équipe soignante [...]. La déception de la confiance trompée, le désespoir lié à la mise en péril du projet de vie jusque-là élaboré peuvent participer à une réaction de type névrose posttraumatique ou névrose de guerre. [...] Beaucoup [de patients] disent que la première raison de leur plainte était de ne pas connaître la vérité sur un accident qu'ils soupçonnaient et qu'on leur avait cachée. [...]

La position des médecins est plus ambiguë. Une enquête en 2002 a demandé à un groupe de médecins seniors s'ils avaient dans leur vie professionnelle fait une erreur et presque tous ont répondu oui. La grande majorité (60%) avait été capable d'exposer les faits, mais avait été incapable de dire que l'accident résultait d'une erreur. Une bonne proportion (35%) des médecins interrogés dans cette enquête avait été cependant capable de dire toute la vérité, y compris de décrire leurs propres erreurs. Restait une petite minorité d'irréductibles, qui pensent que jamais il ne faut dire la vérité en cas d'accident médical. [...].

Dire la vérité est une manifestation de respect dû au patient, mais aussi qui permet que son droit à une éventuelle réparation puisse s'exercer.
"




Bravissimo !!! Certaines mauvaises langues prétendront que si il en est venu là, c'est parce que lui-même a eu des ennuis avec certains patients ... Peut-être bien, c'est même très probable, mais au moins il a l'intelligence d'en déduire les bonnes conclusions. Il a probablement été beaucoup aidé par la psy Monique Bydlowski qui a longtemps travaillé dans son service. Elle est l'une des rares à utiliser la terminologie "névrose posttraumatqiue" plutôt que "état de stress post-traumatique (aigu ou chronique) ". Serait-il allé aussi loin dans ses conclusions sans elle ?...

Mais, Papiernik a-t-il vraiment vu tous les obstacles à dire la vérité aux patients ? Pour dire la vérité, encore faut-il la connaître, la reconnaître, se l'avouer d'abord à soi-même, être conscient des limites de son savoir, en faire une bonne habitude dans sa pratique et non pas la limiter aux accidents.  Or "sa" vérité est parfois très déformée, lorsqu'il parle du "choix" des femmes enceintes par exemple, ou lorsqu'il aborde le diabète gestationnel. C'est vraiment dur de dire la vérité ...

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