Cytotec : un quart de comprimé, c'est magique

Publié le par Anne & Betty B.


Secret de 2007.

Le Cytotec. Prôné par certains comme la Ferrari du déclenchement. Proscrit par d'autres pour excès de vitesse incontrôlé. Potion magique, mais mieux vaut ne pas tomber dedans. Le druide Panoramix était-il mal luné ce jour-là ?



A. est enceinte de son premier enfant. Elle a même fait un projet de naissance très bien accueilli : pas de perfusion, pas d'ocytociques, pas de rupture artificielle des membranes, pas d'épisiotomie de principe, mobilité pendant le travail. Elle vit un rêve éveillé quoi ... La sage-femme a juste dit que dans ce CHU des Yvelines on déclenche à J+3 ...

Le monde commence à changer de forme : le terme est arrivé sans crier gare, et le bébé n'a pas encore envie de naître. Déclenchement programmé à J+3 donc. C'est fou la force des protocoles. On le lui explique d'ailleurs le protocole : un quart de comprimé en intra-vaginal, puis un autre 6h après, puis encore éventuellement un autre au bout de 24h. En cas d'échec au bout de trois jours, césarienne. Comprimé de quoi ? Voilà ce qu'on ne lui dit pas.  Un médecin qui donne un médicament sans dire ce que ce c'est, est-ce bien normal ? A. demande si l'accouchement déclenché est plus douloureux. La sage-femme répond : "On ne sait pas si c'est plus ou moins douloureux qu'un accouchement normal". Et la jeune femme pense : "Je sais qu'elle me ment. Pour me rassurer ? Et bien c'est raté."

Pendant ce weekend de sursis elle a peur de ce qu'elle perçoit comme un acte de violence. Elle pense même à refuser, mais se dit qu'elle n'a pas le droit de risquer la vie de son bébé.

Jour J, enfin +3, protocole n'est-ce pas. Le col est totalement défavorable, long et fermé. A part J+3, c'est un beau bébé, aux environ de 4 kg, tout juste "macrosome". A la maternité elle dit à la sage-femme qu'elle est angoissée. Celle-ci répond : "Ne vous inquiétez pas, ça va bien se passer".

5h30 : premier quart de comprimé magique.

12h30 : deuxième quart de comprimé magique.

16h30 : "Ça commence à être vraiment douloureux". La sage-femme lui conseille de prendre une douche, qui lui fait du bien. Le col est toujours fermé.


19h30
: "Les contractions deviennent insupportables. Elles s'enchaînent les unes aux autres et ne me laissent aucun répit. Je hurle de douleur toute la soirée. Je suis toujours dans une chambre double avec une maman et son bébé de deux jours. J'ai de la peine pour ce petit qui m'entend hurler toute la soirée."

21h
: A. a rappelé la sage-femme. Le col est ouvert à un doigt. Elle lui dit alors qu'elle préférerait autant une césarienne tout de suite plutôt que ce déclenchement qui n'en finit pas. Réponse de la sage-femme : "Mais c'est normal, un premier accouchement c'est toujours long". Surtout déclenché dans ces circonstances.

23h30 : Transfert en salle de naissance et péridurale. Moment de répit, ou presque, car la péridurale se diffuse mal à gauche. Pour l'aider elle essaye de se tourner vers le côté gauche... mais cela a pour effet de faire baisser le rythme cardiaque du bébé.

3h30 : Le col est ouvert à deux doigts. La sage-femme lui donne le choix entre syntocinon ou rupture des membranes. Elle opte pour la rupture artificielle.

5h10 : C'est l'hypertonie utérine, accompagnée d'une bradychardie du bébé.

Césarienne en urgence. Tellement en urgence que personne ne rectifie la péri qui a mal pris à gauche. Elle hurle de douleur lorsque le chirurgien sort le bébé. Anesthésie générale. Son mari voit passer une sage-femme avec un petit corps blanc tout mou. Il pense qu'il est mort ... Heureusement non, mais score d'Apgar de 2 à 0 et 1 mn. Intubation, puis récupération : 10 à 10 mn. Liquide méconial, comme c'est surprenant.

Court répit. Lorsqu'elle se réveille elle découvre son bébé dans la couveuse à côté d'elle, qui la regarde intensément. A défaut de se toucher, c'est par le regard qu'ils se rencontrent, ce fameux "proto-regard". Elle croit que le cauchemar est enfin finit, qu'elle va remonter de la salle de réveil dans deux heures. Pourtant elle se sent s'endormir, partir, elle sent du liquide couler de la cicatrice. Elle est en train de faire une hémorragie.

12h30 : Embolisation. Elle entend les consignes de l'anesthésiste, mais elle est dans les vapes. Elle est transférée en réanimation.

La première voix qu'elle entend est celle de sa mère : "Elle est vivante!" A. n'a pas encore assez d'énergie pour parler à son mari et à ses parents, ni même pour penser à son bébé. "Régulièrement des médecins passaient et m'appuyaient fortement sur le ventre (pour vérifier que l'hémorragie était stoppée ?). C'était atroce, ça me faisait hurler de douleur". Faut-il donc vraiment faire mal pour vérifier ?...

Deux jours après sa sortie de réanimation, elle peut enfin se lever, enfin commencer à vraiment s'occuper de son fils.


Et à qui décerne-t-on le BooB d'honneur  ? Je vous le demande ... A la sage-femme qui a écrit sur sa fiche : "Très anxieuse +++, se pose beaucoup de questions, refuse de se lever." C'est de la bêtise, de l'inconscience, ou de la cruauté ?




Pour une belle réussite, bravo à toute l'équipe ! Dans le rôle des pompiers pyromanes ils ont été parfaits.





Cela mérite quelque explications.

1) J+3, bébé "macrosome", col très défavorable. Etait-il légitime de déclencher ? Non. D'après les recommandations de la HAS sur le déclenchement à terme : la macrosomie n'est pas une indication de déclenchement ; la surveillance du foetus jusqu'à J+6 en l'absence de signes cliniques est recommandée ; le déclenchement est possible avant, avec l'accord de la femme enceinte, seulement et seulement si le col est très favorable. Pour finir, l'utilisation du cytotec n'est pas recommandée non plus. Ils avaient donc tout faux. 

2) Utilisation du cytotec. Il n'a pas d'autorisation de mise sur le marché (AMM) pour le déclenchement à terme. Par conséquent il ne pourrait être utilisé en milieu hospitalier que sur la base d'études ayant démontré son efficacité et son innocuité avec un haut niveau de preuve, ou dans le cadre d'essais cliniques pour lesquels l'accord des patients est exigé. Que nous disent les articles publiés sur le cytotec (misoprostol) lors d'un déclenchement avec un col défavorable ? Il est plus efficace que "le gel" (dinoprostone) au sens où il y a plus d'accouchements en moins de 24 h et moins d'échecs. Par contre, que ce soit un quart ou un huitième de comprimé, il provoque plus d'hyperstimulations de l'utérus, mais c'est bien plus important avec un quart. C'est dose-dépendant, comme toujours. Au final le taux de césariennes est le même ! Il y en a plus pour cause d'échec avec "le gel", et plus pour cause de détresse fœtale avec le "comprimé". Plus de liquide méconial avec le cytotec (signe de souffrance du bébé). Par contre l'état du bébé au bout de quelques heures ou jours est le même dans les deux cas. Encore heureux que les pompiers sachent éteindre rapidement le feu qu'ils ont eux-mêmes allumé... Autrement le cytotec coûte très peu.... mais bon, vu que des accouchements déclenchés avec un col défavorable ne devraient pas excéder quelques %, ça ressemble un peu à des économies de bouts de chandelles. Est-ce que ça vaut le coup de prendre le risque de plus de souffrance pour la mère (si elle n'est pas sous péridurale, l'hypertonie utérine n'est pas une partie de plaisir) et pour le bébé, pour gagner quelques heures et un peu d'argent ? Au minimum c'est à la femme enceinte de choisir, et non au CHU d'imposer un protocole discutable et discuté, même au sein des professionnels.

Pour en savoir plus :
Banque de données de l'AFAR, mot-clé misoprostol
Atelier déclenchement aux états généraux de la naissance 2006


Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

la sorcière 28/07/2011 20:12



Ils savent faire dans le pathos quand ils veulent diaboliser l'ADD, mais pour le traitement inhumain de certains praticiens !!!


La femme hurle : c'est une angoissée. à tiens, elle fait une hémoragie, à tiens il faut faire une anestésie générale... ça me dégoute.


Moi j'y ai eu droit au petit comprimé magique, ils l'ont vendu comme un test. Bref, j'avais soit un placebo, soit le vrai. Et sinon, ben j'avais le choix avec occytocine (que j'ai eu de toute
façon malgrès un travail qui commençait normalement) ou césarienne si occytocine sans effet. Plus je lis ton blog et plus je me dis que je préfère mourir, perdre mon enfant que de refoutre un
pied dans ces hosto de merde. Voilà, je suis une extremiste. Malheureusement des histoires comme ça j'en ai entendu tellement, à commencé par ma propre mère qui a pas été foutue de rencontrer une
équipe normal en 6 accouchements. Elle doit pas être douée...



laetitia 31/05/2009 10:26

Et bien hormis que mon déclenchement a pris 72h j'au eu le même.. vraissemblablement mon hémorraghie a du être moins grave (je ne suis restée "que" 7h en salle de réveil) La péri latéralisée a marché un peu mieux (j'ai hurlé mais le kétamine a suffit a me calmer, pas d'AG)Mon bishop était à un (le col avait seulement ramolit mais toujours fermé, long et postérieur) et on a déclenché à J+5.. mais je n'étais ni d'accord sur la DPA ni sur le fait de déclencher. J'ai d'abord fait une allergie au propes (contractions très fortes mais zéro évolution et le propes a fusionné avec ma chair: une bouteille de bétadine pour l'en décoller)J'ai su dès le départ que ça finirait en césa, je voulais tellement respecter au mieux mon PDN (très physio biensur) que ça me rendait malade de déclencher.Pourtant ils étaent tous sympa à la mater... parait même que j'ai un peu défrayé la chronique..PS: on m'appyait très fort sur le ventre aussi, une infirmière (?) a même laissé tomber( par maladresse) le poids sur mon ventre en voulant le positionner.

Sissi 20/05/2009 02:14

J'ai accouché il y a 2 mois, et quand je lis ça j'en ai mal au ventre!je sais que ca ne veux absolument pas dire que ca se serai passé pareil mais je me félicite mille fois d'avoir refusé le déclenchement (proposé à j-3 et à j+0) de mon bébé qui s'est finalement révelé être un gros bb (4kg300), et né finalement à J+2heures, sans péri ni épisio, et comme dans un rêve... grâce à un ballon, au chant prénatal, une super sf, et un papa génial.....

juju 08/03/2009 14:48

oui m'enfin, c'est pas non plus la sage-femme qui a posé l'indication d'un déclenchement. c'est un médecin.il faut arreter de toujours tout mettre sur le dos des sages-femmes. et tout par de là. quand au fait qu'elle ait marqué qu'elle était anxieuse, c'est un etat de fait. des explications auraient été nécéssaires lorsque le médecin lui a donné le comprimé.ce que cette pauvre patiente a enduré est grave, et est la conséquence des déclenchements abusifs. alors boob de l'honneur au médecin qui a décidé de la déclencher !!!!!!!!!!!!!!!!!

Gayanée 22/12/2008 01:58

Quelle tristesse...